L'incendie de Tercier

 

Il y a deux siècles, l'incendie de Tercier
Le 6 août 1801

 

Les incendies de villages n’étaient pas rares aux siècles passés. Les constructions en bois trop rapprochées, les transports du feu d’une maison à l’autre, l’insuffisance des moyens de lutte, la précarité des voies de communication, la lenteur des transports, et l’insuffisance des réserves d’eau en sont les causes principales. L’histoire de l’incendie du village de Tercier est intéressant à plus d’un titre.

 

Contexte historique

En 1798, la révolution abolit les droits féodaux. La république helvétique est proclamée, Vaud est sous la «protection» de la France. Malheureusement, les troupes françaises en lutte contre l’Autriche, passent par notre pays et il faut les loger, nourrir, voiturer vivres et munitions. Aussi les finances publiques sont-elles au plus bas. Les droits féodaux sont rétablis et en 1801, 17'476 signatures dans le canton du Léman demandent le retour à Berne. C’est dans ces conditions d’instabilité économique et politique que se produira le drame.

 

Les faits

Le jeudi 6 août 1801, alors que la vigne se gorge de soleil, la quasi totalité du village est aux foins dans les hauts de Blonay. Pendant ce temps, on ne sait trop comment, le feu a pris au village de Tercier. Le temps d’arriver sur place, tout était consommé: huitante bâtiments tant habitations que granges et remises sont détruits, cinquante-six familles sont sinistrées; les familles de sept enfants ne sont pas rares. Le Conseil général, « après avoir considéré les causes de l’incendie, veut bien passer sous le silence pour le coup, se réservant tous les droits si elle peut découvrir des indices plus certains». C’est la sagesse même.

 

Les secours

Le 8 août déjà, la commune de Châtel-Saint-Denis met à disposition trois quintaux de pain; belle manifestation de solidarité de ces voisins fribourgeois. Le sous-préfet de Vevey promet des secours après avoir constaté les besoins. Le 8 septembre, les impôts sont suspendus et on ordonne de faire une liste des effets et denrées détruites. Malgré les conflits avec le baron De Graffenried, (propriétaire du château de 1752 à 1806) de nombreux sinistrés sont hébergés au château.

Le 23 août on décide de construire une scierie sur le pâturage de Mousse pour le bois accordé aux sinistrés, soit deux mille neuf cent soixante-neuf plantes prises dans la forêt des Pautex pour la charpente, cent huitante deux pour les lattes et tavillons. Pour éviter toute contestation, las sinistrés demande copie des délibérations concernant la répartition des bois qui leur ont été accordés et qui ont été tirés au sort par groupe de quatre familles.

Le 13 septembre est déclaré jour de jeûne.

Un siècle après l’évènement, ce sinistre était encore présent dans l’esprit des habitants. Le 4 août 1901, bien qu’aucun de ceux qui l’ont vécu ne soit encore en vie, le sinistre a fait l’objet d’un culte commémoratif du pasteur Alfred Ceresole, avec conférence et concert de l’Echo des Pléiades. Qui aujourd’hui connaît encore cette triste histoire ?

Fallait-il donc laisser ce souvenir tomber dans l’oubli ? Il nous semble au contraire que cela nous permet de mieux réaliser ce que doivent être les catastrophes actuelles, combien plus dramatiques, telles que séismes, raz-de-marée et guerres.